[gallery columns="5" link="file" ids="18581,18591,18601,18611,18621,18631,18641,18651"]

Martin Isabelle

Demain
Partagez autour de vous / Um dich herum teilen

L’agroécologie,  c’est l’agriculture des pauvres, des économes, des paysans qui ne veulent pas dépenser plus qu’ils ne gagnent, qui ne veulent pas polluer, qui veulent se nourrir de leurs productions. (Miguel ALTIERI ).

Isabelle est à la tête d’une ferme herbagère bio, située sur le plateau ardennais (500 m d’altitude). Elle y élève des bovins de la race Blonde d’Aquitaine, en système naisseur (40 vaches allaitantes et leur suite, ainsi que 4 taureaux de saillie).

Pour nourrir son bétail, elle dispose d’une superficie de 65 hectares de prairies permanentes, qui dont l’herbe est soit pâturée, soit récoltée sous forme de foin. Isabelle y privilégie les mélanges de graminées et de légumineuses, et opte pour des espèces pérennes, variées, résistantes, et adaptées au terroir ardennais.

10 hectares de son parcellaire sont situés en zone Natura 2000, avec des conditions d’exploitation spécifiques réparties en Unité de Gestion.

Elle consacre également 6 hectares à des mesures agri-environnementales et climatiques (haute valeur biologique et prairies naturelles).

Son élevage est de type herbager extensif, et se base entièrement sur la prairie permanente. Cette manière de pratiquer l’agriculture correspond à son mode de vie, sa façon de vivre dans la nature, en suivant le rythme des saisons, sans porter atteinte à la biodiversité et aux sols, tout en participant à « La gestion intégrée de la biodiversité et de la production alimentaire » (Ph BARET, UCL), c’est-à-dire en respectant le terroir ardennais, l’écosystème dans lequel Isabelle vit, celui-là même qui a été façonné par ses ancêtres. Son élevage entre en résonance avec la vision de Miguel ALTIERI, professeur d’agroécologie, qui défend « un modèle agricole alternatif basé sur la création d’écosystèmes, le respect des cycles naturels et les connaissances ancestrales des paysans ».

Isabelle se définit comme quelqu’un qui se remet perpétuellement en question (confrontation des connaissances ancestrales et des connaissances modernes), qui est réactif (adapter la ferme aux attentes sociétales et environnementales, ce qui demande souplesse et résilience de son agro-écosystème, avec une vision globale (qui pousse à emprunter des chemins de traverse – Penser global, agir local). Elle fait preuve également d’un esprit à la fois critique et curieux. Elle est également assez économe, en ne prenant pas de de risques financiers qui pourraient hypothéquer la survie de la ferme, et cultive le « bon sens paysan ».

  • Rossart (Bertrix)

Ses projets et ses rêves

Isabelle rêve de faire comprendre à la société la nécessité de préserver les prairies permanentes, et donc l’élevage y afférent. Parce que les prairies permanentes sont une des solutions pour répondre aux enjeux planétaires, qui sont, comme mentionné dans le film « Demain » :
  1. Le changement climatique
  2. L’érosion de la biodiversité
  3. Le pic pétrolier
Mais concrètement….

1. Pour répondre au changement climatique : La séquestration du carbone

  • « Les prairies ont un vaste potentiel inexploité pour atténuer le changement climatique en absorbant et en stockant le CO2. Les pâturages représentent un puits de carbone qui, s'il est bien géré, pourrait être plus important que les forêts, selon un nouveau rapport de la FAO. Le rapport suggère que des mesures devraient inclure le paiement des services environnementaux, par le biais du fonds pour l'environnement mondial. » (Source : FAO 2010 dans « rôle des prairies dans la lutte contre le réchauffement climatique. »)
  • « Les prairies sont un grand réservoir de carbone : 70 tonnes / ha, ce qui est similaire aux sols des forêts. »  (FAO.org )
  • L’agriculture qui conserve les sols, par le non labour et la couverture permanente des sols, protège la matière organique des sols, ce qui contribue à la séquestration du carbone dans les sols. (Le labour relargue le carbone séquestré dans le sol par oxydation de la matière organique.)
  • Les prairies permanentes, comme leur nom l'indique, ne sont jamais labourées et ont une couverture permanente du sol : elles séquestrent et absorbent donc le CO2.
  • L’apport de matière organique sur le sol, grâce à la restitution de l'élevage sous forme de fumier (engrais organique), augmente le stockage de carbone dans le sol.

2. Pour répondre à l’érosion de la biodiversité : la dynamique de la biodiversité dans l'écosystème prairial

  • ‘’Un des outils pour remonter le niveau de biodiversité, c'est la prairie. La prairie est extrêmement riche en espèces. Un bon niveau d'herbivorie est favorable à la diversité des plantes, elle favorise la co-existance des espèces. La bonne pression d’herbivorie est un outil pour maîtriser la biodiversité végétale. » (Luc Abadie, professeur d'écologie, université P. et M. CURIE)
  • « Le concours ‘’Quelle est belle ma prairie’’ récompense les éleveurs qui placent le respect de la nature au centre de leur travail, et qui pratiquent l’élevage extensif, particulièrement utile à la biodiversité. » (Natagora dans sa revue de sept-oct 2017)
  • « Les foins riches en espèces, parce qu'ils fleurissent, sont favorables à l'entomofaune (insectes). » (Claude et Lydia Bourguignon à Libramont en 2016)
  • L'élevage recycle la matière organique en fumier pailleux (ratio C/N optimal), source de nourriture pour les vers de terre. Les vers de terre assurent la fertilité des sols. On les appelle ingénieurs de l’écosystème terrestre.
  • Les prairies permanentes sont extrêmement riches en vers de terre et en vie microbienne (champignons et bactéries). On estime cette masse de vie à 6 tonnes par hectare, càd l'équivalent de 6 à 7 vaches sous terre. Cette vie souterraine est menacée par les labours et les pesticides.
  • « La diminution des vers de terre, c'est aussi grave que le réchauffement climatique. » (Hubert Reeves, à la RTBF)
  • « Pour l'écosystème souterrain, le ver de terre est d'une importance capitale.» (Daniel Cluzeau, OPVT, université de Rennes). Plus il y a de vers de terre dans le sol, plus le sol est vivant. Plus le sol est vivant, plus la biodiversité est élevée.
  • Les prairies permanentes ne sont jamais labourées. La vie du sol et la biodiversité y sont donc préservées.
  • La ferme est agréée en agriculture biologique, et répond à un cahier des charges spécifique qui interdit l'utilisation des phyto et des engrais chimiques. La biodiversité est préservée.
  • Les haies, les arbustes, les arbres isolés, les lisières forestières, les mares, les rivières présents sur la ferme participent à la dynamique de la biodiversité de son système herbager.
  • La biodiversité sur la ferme est encore plus soutenue sur les 10 hectares situés en Natura 2000 et sur les 6 hectares dédiés aux Mesures Agri-environnementales (MAEC) soumis à un cahier des charges différencié.

3. Pour répondre au pic pétrolier : la simplicité du système herbager, ce qui conduit à la sobriété énergétique.

  • Maximiser l’autonomie fourragère du troupeau pour minimiser l'achat d'intrants énergivores (production, transports, stockages, conditionnements, distribution).
  • Fonctionner avec les saisons. Vêlages de printemps calés sur le pic de production d'herbe riche et grasse qui assure une lactation suffisante des vaches pour nourrir leur veau. Pas besoin d'acheter des concentrés et de la poudre de lait énergivores pour palier à un déficit de production. Et qui dit vêlages de printemps, dit élevage des veaux en prairie (sobriété énergétique).
  • Sevrage tardif des veaux. Pas besoin d'aliments concentrés énergivores.
  • Choix d'une race rustique apte à digérer l'herbe. Donc pas de soja ni de maïs énergivores et dont la culture n'est pas adaptée au climat ardennais.
  • En prairies permanentes, pas de labour, la mécanisation lourde est réduite donc moins de pétrole.
  • Les prairies permanentes sont composées de plantes pérennes. A fortiori, on observe par conséquent une mécanisation réduite, voire nulle par rapport aux plantes annuelles.
  • La récolte sous forme de foin entraine une mécanisation lourde réduite par rapport à un ensilage 5 coupes, avec chantier et désilage.
  • La mise au pré est maximale, ce qui entraine une mécanisation réduite par rapport au zero-grazing ou à l'affouragement en vert.
  • Pas de pesticides, ni d’engrais chimiques énergivores (production, transports, conditionnements, épandage, décontamination des eaux,…) ne sont utilisés, et donc il n’y a pas de pétrole consommé.
Ce système herbager extensif, résilient et autonome, basé sur la prairie permanente conduit à l’indépendance vis-à-vis des agro-fournisseurs et donc à la sobriété énergétique.
  • Un système résilient (= souple) est simple, polyvalent, déconnecté du système dominant, en phase avec les limites environnementales, et qui vise des productions biodégradables ou tout du moins recyclables.
  • Un système autonome, basé sur l’autonomie fourragère, des plantes pérennes, des races rustiques, intégrant l’agro-sylvo-pastoralisme, indépendant des intrants, avec une sobriété énergétique. Mais il ne faut pas confondre autonomie et autarcie (Pablo Servigne).

4. En conclusion

Le système herbager qu’Isabelle expérimente transforme l’énergie solaire en calories alimentaires. Il assure sa capacité à se nourrir par soi-même tout en permettant de s’affranchir du système proposé par l'industrie du soja et des compléments alimentaires. En extrapolant sur la « fin probable des énergies fossiles et du nucléaire » selon Pablo Servigne, et d'autres collapsologues, Isabelle estime que les élevages herbagers autonomes peuvent répondre à tous nos besoins élémentaires : alimentation, traction, habillement, fertilisation, … et même technologiques, sans dépendance aux énergies fossiles. ‘’Certes, se sera difficile et il faudra de la main-d'œuvre’’, disent Servigne et Bourguignon.

Ses atouts

ACTIONS

Actions menées en 2016-2017 :

  • Isabelle a été lauréate du concours « Quelle est belle ma prairie », organisé par la FUGEA et Natagora.
  • Isabelle a présenté sa ferme au Forum de l’agroécologie à Bruxelles, organisé par AGRECOLOGY IN ACTION.
  • Passage à l’émission radio de la RTBF « Bientôt à table », avec Sophie MOENS, pour présenter la ferme en agroéologie le 3 décembre 2016.

Actions de plus longue durée :

1. Isabelle souhaite inscrire son élevage dans une démarche agroécologique, définie par Philippe BARET, professeur d'écologie à l'UCL :

  • «L’agroécologie se base sur le soleil, l'eau et le sol,
  • S'appuie sur le développement durable des agroécosystèmes,
  • Propose une gestion INTÉGRÉE de la biodiversité et de la production alimentaire (contrairement au modèle écologique dominant qui prône une gestion dissociée),
  • Remet en cause l'hypothèse productiviste du modèle agricole dominant basé sur les intrants, la standardisation des productions et l'irréversibilité des impacts,
  • Remet en cause le marché mondialisé qui est découplé de l’écologie et du social. »

2. Isabelle veut être un acteur de la transition agricole en s’appuyant sur une phrase de P. Servigne :

« Une des étapes les plus importantes de la transition de l'agriculture est sans aucun doute la conversion à la Bio et à l'agroécologie. » L'agriculture en transition c’est évoluer vers un modèle agricole soutenable, durable grâce à l'autonomie et à la résilience, pour anticiper la fin des énergies fossiles, pour gagner en capacité à nous nourrir par nous-mêmes tout en nous affranchissant du système proposé par l'industrie du soja et des compléments alimentaires, pour gagner en liberté, et pour vivre en harmonie avec soi-même, avec les autres, avec l'environnement. Mais évoluer vers un modèle agricole soutenable demande un savoir-faire traditionnel intégré à un savoir ‘’savant'', des espèces végétales adaptées au climat et au terroir, des races rustique, et du bon sens paysan. Et évoluer vers un modèle agricole soutenable repose :
  • Sur la connaissance des fondamentaux de l’agronomie
Il s'agit de respecter le juste ÉQUILIBRE entre culture-élevage-sol-climat (D. SOLTNER), d'adopter une vision globale des agroécosystèmes, de respecter les cycles naturels, et d’imiter la nature… La nature ne produit pas de déchets.
  • Sur la connaissance du climat, du sol, des plantes, des animaux
  • Sur la recherche de sens et d'harmonie

3. Isabelle veut proposer une alternative à l’alimentation industrielle.

  • L’élevage herbager extensif est une solution pour revenir à une alimentation de qualité et durable. Son énergie de production est le soleil. Il fournit des calories solaires, contrairement aux aliments qui proviennent du pétrole et qui sont donc des calories pétrole. (Artifices culturaux énergivores : labours, semis, engrais, pesticides, récoltes, conditionnements, stockages, transports, …)
  • La viande à l’herbe est une source de protéines de haute qualité.
  • La viande à l’herbe a un équilibre optimum entre Omega 3 et Omega 6.
  • La viande contient naturellement de la vitamine B12 nécessaire au bon fonctionnement du cerveau. (Dispense de compléments alimentaires industriels).
  • L’élevage local assure la sécurité alimentaire, maintient le dynamisme de la ruralité, crée de l’emploi non délocalisable et participe à l’économie de proximité.

INNOVATION

Au regard de la définition de l'awé award ‘’DEMAIN'', l’innovation mise en avant par Isabelle consiste à proposer un système agricole qui se différencie du modèle agricole dominant dans le but de répondre aux enjeux planétaires, dans une dynamique agricole concrète. Après 25 ans de fonctionnement, de doutes, de remises en question, elle affirme que son élevage apporte des solutions aux enjeux planétaires, qui sont :
  1. Le changement climatique
  2. L'érosion de la biodiversité
  3. Le pic pétrolier
Son élevage herbager extensif, résilient et autonome, lié aux prairies permanentes, répond au triple défi actuel :
  • Il est une solution au changement climatique.
Les prairies permanentes stockent le carbone.
  • Il est une solution à l'érosion de la biodiversité.
Les prairies permanentes sont une composante de la dynamique de la biodiversité. (Écosystème prairial)
  • Il est une solution au pic pétrolier.
Les prairies permanentes assurent l’autonomie et la résilience du système, ce qui favorise la sobriété énergétique. Ces trois points ont été détaillés dans la partie « Rêves et projets ».